Introduction
S’il y a un endroit à l’Elbe qui reste en vous, c’est le phare de Capo Focardo. Juché sur un éperon rocheux qui plonge dans la mer Tyrrhénienne, entre Capoliveri et Porto Azzurro, ce phare n’est pas seulement un point de repère pour les marins : c’est un balcon sur la mer qui offre des émotions pures. Y arriver est déjà une aventure : la route de terre qui serpente à travers le maquis méditerranéen, le parfum du lentisque et le vent qui fouette le visage. Puis, soudain, vous le voyez : blanc, élancé, avec sa lanterne qui, la nuit, transperce l’obscurité. Je l’ai visité au coucher du soleil et je vous jure, c’est un spectacle inoubliable. Le phare n’est plus en service, mais on peut le visiter et de là-haut, la vue embrasse tout le golfe de Porto Azzurro. Un endroit qui semble suspendu dans le temps, entre histoire et nature sauvage.
Aperçu historique
Le phare du Cap Focardo a été construit en 1862 par le Génie Civil, sur les plans de l’ingénieur Luigi Paolozzi, pour signaler les dangereux hauts-fonds du Cap Focardo le long de la route orientale de l’île d’Elbe.
Il a fonctionné sans interruption jusqu’en 1985, date à laquelle il a été remplacé par une lanterne automatique. Pendant la Seconde Guerre mondiale, le phare a été réquisitionné par la Marine allemande et utilisé comme poste d’observation; on voit encore aujourd’hui les vestiges d’une position antiaérienne. En 2000, il a été acquis par des particuliers et restauré, devenant un point d’intérêt touristique ouvert au public. Sa tour octogonale en pierre, haute de 18 mètres, se dresse sur une falaise à pic sur la mer : un joyau d’archéologie industrielle maritime.
Chronologie historique :
- 1862 – Construction du phare
- 1943 – Occupation allemande et usage militaire
- 1985 – Désactivation de la lanterne originale
- 2000 – Restauration et ouverture au public
La terrasse panoramique et la longue-vue
En montant l’étroit escalier en colimaçon, on arrive à la terrasse panoramique, le véritable point fort de la visite. Ici se trouve une longue-vue panoramique – oui, celle dont tout le monde parle – qui permet de balayer du regard un horizon infini. J’y suis resté un quart d’heure, à jouer avec le cadrage : d’un côté la silhouette du Monte Capanne, de l’autre la Corse qui émerge à l’aube. En bas, à pic, l’eau transparente de la Cala di Mola. La longue-vue est une pépite pour les amateurs de vues d’auteur : pas besoin d’être expert en photographie, le panorama fait tout le travail. Puis le vent constant, le silence seulement rompu par le goéland : c’est un de ces moments où l’on se sent au sommet du monde. La terrasse est petite, donc mieux vaut y aller sans se presser et profiter de chaque recoin.
Les criques préservées accessibles à pied
L’une des raisons pour lesquelles je retourne toujours au Phare du Capo Focardo, ce sont les criques qui se cachent sous la falaise. En empruntant un sentier escarpé et un peu caillouteux – attention, ce n’est pas pour tout le monde – on arrive à la Cala di Mola, un petit joyau de galets blancs, avec un fond cristallin qui invite au snorkeling. Un peu plus au sud, la Cala di Portello est plus isolée, un coin de paradis où il n’y a souvent personne. J’y suis allé en juin, l’eau était fraîche mais limpide comme jamais : j’ai vu des bancs de saupes et quelques oursins. Pas de parasols, pas de bar : que de la nature. Prévoyez de l’eau et des chaussures de rocher. Ce n’est pas une plage aménagée, mais c’est justement ce qui est beau : un plongeon dans une piscine naturelle après la montée, avec le phare qui veille d’en haut.
Pourquoi le visiter
Trois raisons pratiques de mettre le Phare du Cap Focardo sur votre liste. Premièrement : le panorama. C’est l’un des plus beaux points de vue de l’Elbe orientale, avec une vue qui s’étend du Mont Capanne à la Corse. Deuxièmement : la tranquillité. Contrairement aux plages bondées de Capoliveri, on y respire une atmosphère paisible, loin du tourisme de masse. Troisièmement : l’histoire tangible. Ce n’est pas un phare factice : on entre dans les vieilles pièces, on voit les mécanismes originaux de la lanterne et on ressent le poids de plus d’un siècle de navigation. Pour ceux qui aiment les lieux authentiques, c’est une perle rare. Et puis, avouons-le, prendre son petit-déjeuner avec cette vue ou admirer le coucher du soleil avec un verre de vin local est une expérience qui vaut le voyage.
Quand partir
Le moment clé ? Le coucher de soleil. Le phare pointe vers l’est, mais la lumière qui se reflète sur la mer et le promontoire crée des jeux de couleurs incroyables. J’y suis allé vers 18 h 30 fin mai : le soleil descendait derrière la lanterne, teignant le ciel d’orange et de rose. Pour les photographes, c’est le moment parfait. Si vous préférez le calme absolu, l’aube est magique : peu de visiteurs, la mer plate et la lumière qui embrase la roche. En été, mieux vaut éviter le week-end et choisir un jour en semaine. Le printemps et l’automne sont idéaux pour les températures douces et les couleurs du maquis. Ah, et s’il y a du vent fort ? Prenez une veste, mais ça vaut le coup : les vagues qui se brisent sur les rochers en contrebas font un bruit hypnotique.
Aux alentours
À deux pas du phare, ne manquez pas le Fort Focardo, une imposante forteresse espagnole du XVIIe siècle qui domine la baie de Porto Azzurro. Construit en 1678, c’est aujourd’hui une propriété privée, mais on peut l’admirer de l’extérieur et depuis les ruelles environnantes : ses remparts en étoile forment un décor naturel pour les photographes. Toujours dans le secteur, ne ratez pas la Plage de Barbarossa, l’une des plus appréciées de l’île d’Elbe : sable fin et fonds peu profonds, parfaite pour une baignade après la visite du phare. Si vous avez envie de marcher, le sentier qui relie Capo Focardo à Capoliveri offre des vues à couper le souffle sur le maquis et la mer : je l’ai parcouru en une heure, m’arrêtant pour respirer le parfum du thym sauvage.